En Iran, les mouvements de protestation ne sont pas un phénomène nouveau, mais celui qui s’est déclenché ces derniers jours présente une singularité notable : il est né au cœur même des circuits économiques traditionnels. À Téhéran, des commerçants du grand bazar ont fermé leurs échoppes pour dénoncer l’inflation galopante et l’effondrement du rial, une monnaie qui a perdu près d’un tiers de sa valeur face au dollar en un an.
Ce geste, rare dans un lieu historiquement central mais généralement prudent, a servi de détonateur. Très rapidement, d’autres professions ont rejoint le mouvement, d’abord dans la capitale, puis dans plusieurs grandes villes du pays.
L’extension rapide du mouvement
Partie de Téhéran, la contestation s’est propagée à une vingtaine de villes, parmi lesquelles Ispahan, Chiraz, Yazd ou Kermanshah. Bijoutiers, agents de change et commerçants ont dénoncé l’impossibilité de poursuivre leur activité dans un contexte de flambée des prix et de chute du pouvoir d’achat.
Face à cette dynamique, le pouvoir a d’abord tenté d’adopter un ton conciliant. Des responsables judiciaires ont reconnu la légitimité de manifestations pacifiques liées aux conditions de vie, tout en mettant en garde contre toute tentative de politisation ou de violences susceptibles de menacer l’ordre public.
Du discours d’apaisement à la réponse sécuritaire
Cet apaisement n’a toutefois pas duré. L’entrée des étudiants dans la mobilisation a marqué un tournant. Les forces de l’ordre ont été déployées massivement, et plusieurs affrontements ont été signalés. Selon des sources locales, plusieurs personnes ont trouvé la mort, dont un membre du Bassidj, la milice auxiliaire des Gardiens de la révolution.
Des bâtiments administratifs auraient été pris pour cible et, dans certains cas, les manifestants seraient parvenus à repousser temporairement les forces de sécurité. Les autorités évoquent des actes de violence organisés et accusent des groupes hostiles basés à l’étranger d’alimenter la contestation.
Des images symboliques qui marquent l’opinion
Comme souvent, certaines images ont cristallisé l’attention. Celle d’un homme assis seul au milieu d’une avenue de Téhéran, faisant face à une ligne de policiers à moto, a largement circulé sur les réseaux sociaux. Comparée par certains à des scènes emblématiques de l’histoire des contestations mondiales, elle a donné au mouvement une portée symbolique dépassant les revendications initiales.
Les autorités ont minimisé la portée de ces images, les qualifiant de mises en scène, tout en procédant à des arrestations ciblées de personnes soupçonnées d’appartenir à des réseaux opposés au régime.
Une colère sociale distincte des précédentes vagues
À ce stade, cette mobilisation ne présente pas les mêmes caractéristiques que les grandes contestations politiques récentes, notamment celles déclenchées en 2022 après la mort de Mahsa Amini. La dimension idéologique y est moins affirmée, même si les revendications sociales tendent souvent, en Iran, à déboucher sur une remise en cause plus large du système.
La priorité exprimée par les manifestants reste avant tout économique : inflation, accès aux biens essentiels, perspectives de subsistance dans un pays soumis à des sanctions internationales persistantes et fragilisé par les conséquences des tensions régionales.
Le facteur géopolitique en arrière-plan
L’an dernier, le pouvoir iranien avait réussi à contenir le mécontentement intérieur en invoquant l’unité nationale face à des frappes israéliennes visant le programme nucléaire. La désignation d’un ennemi extérieur avait alors permis de reléguer les difficultés économiques au second plan.
Aujourd’hui, cette stratégie semble moins opérante. Les priorités affichées par les autorités, notamment autour du nucléaire, se heurtent à une réalité quotidienne plus immédiate pour une partie croissante de la population, confrontée à la hausse des prix et à la raréfaction des ressources.
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