4,5 milliards d’euros investis : Thales intensifie son effort de recherche

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Dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques et l’accélération des innovations technologiques, le groupe français de défense et de hautes technologies Thales mise plus que jamais sur la recherche et développement pour assurer sa compétitivité. L’entreprise considère l’innovation comme le cœur de sa stratégie industrielle et technologique.

Selon les dirigeants du groupe, maintenir un haut niveau d’investissement dans la recherche constitue non seulement un levier de croissance, mais également un élément clé pour préserver l’implantation industrielle en France.

Une hausse continue des investissements en recherche

En 2025, Thales a consacré 4,5 milliards d’euros à la recherche et développement, dont 1,4 milliard financé directement sur ses fonds propres. Le reste provient notamment d’acomptes versés par les clients et de financements publics liés aux programmes de défense.

Sur la dernière décennie, l’entreprise a investi environ 11 milliards d’euros de fonds propres dans la recherche. Cet effort doit se poursuivre dans le cadre du plan stratégique 2024-2028, qui prévoit près de 5 milliards d’euros supplémentaires consacrés à la R&D.

Le groupe a également renforcé ses ressources humaines dans ce domaine. Sur 85 000 salariés dans le monde, environ 35 000 sont des ingénieurs, soit une part particulièrement élevée. En 2026, 80 % des 9 000 recrutements prévus concernent des profils d’ingénieurs ou de chercheurs.

Depuis 2019, Thales indique avoir recruté environ 26 000 ingénieurs.

La R&D comme pilier de l’industrie française

Le groupe souligne que l’innovation constitue aussi un facteur de maintien de la production industrielle sur le territoire national. La France concentre aujourd’hui les trois quarts des activités de recherche et technologie du groupe et les deux tiers de sa R&D.

Selon le PDG Patrice Caine, les centres de recherche jouent un rôle déterminant dans les décisions industrielles.

Un centre de recherche constitue en effet un lieu où se conçoivent les nouveaux produits et où se prennent les décisions de lancement industriel. Perdre ces centres impliquerait donc, à terme, la disparition des capacités de production associées.

Dans ce contexte, Thales insiste sur l’importance du crédit d’impôt recherche, qui permet de compenser le coût élevé des emplois très qualifiés en France et de maintenir les activités technologiques dans le pays.

Cette concentration d’ingénierie explique notamment pourquoi certaines productions stratégiques — radars, capteurs, radios militaires ou cartes à puce — restent localisées en France.

L’intelligence artificielle au cœur de la stratégie

La transformation technologique engagée par Thales repose largement sur l’intelligence artificielle.

Le groupe a créé CortAIx, un accélérateur spécialisé dans l’IA destinée aux industries critiques. Ce programme s’est déployé dans cinq pays : France, Allemagne, Royaume-Uni, Canada et Singapour.

Il mobilise aujourd’hui environ 800 ingénieurs spécialisés en intelligence artificielle et une centaine de doctorants. Grâce à ces travaux, plus de 100 produits et solutions de Thales intègrent déjà des systèmes d’IA, un chiffre qui devrait atteindre 200 dans les prochaines années.

Ces technologies sont utilisées notamment dans les systèmes de détection, d’analyse de données et d’automatisation industrielle.

Des applications concrètes dans la défense

Parmi les exemples emblématiques figure le système robotisé de lutte contre les mines marines (MMCM) développé conjointement avec le Royaume-Uni.

Ce dispositif combine drones maritimes, capteurs sonar et intelligence artificielle afin de détecter, classifier et identifier les mines sous-marines avant de les neutraliser. Selon Thales, ce système ne possède actuellement aucun équivalent opérationnel dans le monde.

L’intelligence artificielle est également utilisée pour améliorer l’efficacité des chaînes industrielles. Grâce à ces outils, l’entreprise affirme avoir quadruplé sa production entre 2022 et 2025 pour certains équipements militaires, notamment les radars, roquettes et systèmes aéronautiques.

Une concurrence technologique accrue

L’entreprise fait face à l’arrivée de nouveaux acteurs très spécialisés, notamment dans le domaine de l’IA militaire.

Parmi eux figurent Helsing, une société allemande axée sur l’intelligence artificielle appliquée à la défense, ou encore Anduril, une entreprise américaine développant drones et systèmes d’armes autonomes.

Ces nouveaux entrants ambitionnent de transformer l’industrie de défense en s’appuyant sur des technologies numériques avancées.

Thales estime toutefois disposer d’un avantage lié à son expertise dans les systèmes physiques complexes — radars, capteurs, systèmes navals ou aéronautiques — combinée à une forte compétence en cybersécurité.

Une croissance soutenue portée par la défense

Le contexte international contribue également à soutenir l’activité du groupe. La multiplication des crises et l’augmentation des budgets militaires dans de nombreux pays stimulent la demande en technologies de défense et de sécurité.

En 2025, Thales a enregistré 22,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Pour 2026, l’entreprise prévoit une croissance de 6 à 7 % de ses ventes.

La rentabilité opérationnelle devrait atteindre entre 12,6 % et 12,8 %, contre 12,4 % en 2025.

Le groupe bénéficie également d’une forte visibilité grâce à son carnet de commandes. Celui-ci dépasse désormais 53 milliards d’euros, alimenté notamment par plus de 25 milliards d’euros de nouveaux contrats signés en 2025.

Dans un environnement international marqué par l’instabilité stratégique et la compétition technologique, Thales considère que l’innovation reste son principal levier pour maintenir son avance industrielle et renforcer sa position sur les marchés mondiaux de la défense et de la sécurité.

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